J’ai accueilli Pierre-André PEYVEL, préfet des Hauts-de-Seine, en présence du maire adjoint délégué à la Vie Associative, aux Relations avec la Société civile, au Devoir de mémoire et aux Anciens Combattants Manuel Allamellou, en présence des maires adjoints de la ville de Clichy Jean-Pierre Auffret, Mireille Gitton, Pascal Mazoué, Rodolphe Oppenheimer, Catherine Alfarroba, Ansoumany Sylla, Annabel Galinié, Alvine Moutongo-Black Danielle Ripert, et des conseillers municipaux Régis Lang, Annie Mendès, Guy Schmauss, et Stéphane Cochepain, qui se sont rassemblés avec les Clichois venus en nombre pour inaugurer la stèle Louis Delgrès, au Parc Mozart.
Hier soir lors de la cérémonie, les Clichois dans toute leur diversité, se sont rassemblés au Parc Mozart près de la stèle inaugurée en hommage aux victimes de l’esclavage et de la traite. Ils ont d’abord pu écouter la lecture du texte « A l’univers entier, le dernier cri de l’innocence et du désespoir » écrit par Louis Delgrès en 1802 et placardé dans les rues de Basse-Terre en Guadeloupe.
Manuel Allamellou, Maire adjoint délégué à la Vie Associative, aux Relations avec la Société civile, au Devoir de mémoire et aux Anciens Combattants, a rappelé combien il était important de se souvenir : « Ce devoir de mémoire nous le devons avant tout à des millions de femmes et d’hommes, mais nous le devons aussi à notre jeunesse pour qu’elle se contruise une citoyenneté pleine et entière sans avoir à faire le tri dans son histoire ».
Commémorant chaque année à cette date symbolique l’abolition de l’esclavage, j’ai souhaité saluer la mémoire de l’ancien conservateur du Musée de l’Ile de Gorée, Joseph Ndiaye, venu présider cette commémoration, il y a quelques années. J’ai rappelé aux Clichois qui s’étaient rassemblés en nombre au Parc Mozart, que ce n’est pas par hasard si la date du 10 mai a été choisie pour la proclamation, il y a 11 ans, de la Loi Taubira, qui reconnait « les traites et les esclavages comme crimes contre l’Humanité ».
Rappelant que Clichy mène depuis toujours de nombreuses actions pour entretenir ce devoir de mémoire auprès des générations actuelles et futures, la ville est la seule en France à avoir nommé une école du nom de Toussaint Louverture.
J’ai déclaré que : « Je regrette beaucoup que l’Ecole de la République ne m’ait pas enseignée l’histoire de Louis Delgrès, comme celle de Vercingétorix.
C’est avec beaucoup d’émotion que j’ai été accueilli par le maire de Saint-Claude, une commune située au pied de la soufrière, dans un quartier où il y a une forte communauté indienne, des tamouls. Nous avions retrouvé l’emplacement du refuge de l’Habitation Danglemont à Matouba, le lieu-dit où Louis Delgrès, et ses troupes se sont donnés la mort le 28 mai 1802. C’est le 10 mai, quelques jours auparavant que Louis Delgrès, chef de la résistance contre les troupes consulaires du général Richepance, envoyées par Bonaparte pour rétablir l'esclavage, avait fait placarder un texte qui pourrait nous rappeler la chanson de Gavroche dans « Les Misérables » : C’est la faute à Voltaire, c’est la faute à Rousseau…
Nous nous étions aussi rendus à coté de la mairie de Pointe-Noire avec Félix Desplan, maintenant Sénateur de la Guadeloupe, et avions touché les chaines accrochées au mur pour toucher les esclaves.
Nous n’oublions pas non plus le combat mené en Martinique.
La libération de l’esclavage est venue des grands intellectuels et républicains, comme Victor SCHŒLCHER, qui fit abolir l’esclavage en 1848. On doit aux intellectuels comme Aimé Césaire la reconnaissance dans sa plénitude de la citoyenneté française des départements d’Outre-mer. C’est pour cette raison que Serge Lechtimy, Député et président de la Région Martinique, était parmi nous le mois dernier pour remettre les diplômes de nationalité française aux naturalisés de Clichy.
Actuellement à la Maison des associations Aimé Césaire, il y a l’exposition sur les « résistants et dissidents des Antilles », qui voulaient échapper au régime vichyste de l’Amiral Robert en Martinique, et se sont engagés pour libérer la France.
Les esclaves ont brisé leurs chaines, mais il reste toujours des chaines à briser dans certains esprits. Cette journée de commémoration, particulièrement en cette année 2012, est donc la bienvenue dans notre ville de Clichy à la citoyenneté multiculturelle ».
Le préfet des Hauts de Seine, Pierre André Peyvel, a, quant à lui, souligné qu’il avait souhaité venir à Clichy commémorer l’abolition de l’esclavage : « car cette ville des Hauts-de-Seine, est une de celles où les citoyens ont le plus d’origine multiculturelle, et forment néanmoins une municipalité et un ensemble qui s’enrichit de la culture de chacun. En cette journée nous célébrons une date, qui a de multiple raisons est une date hautement symbolique. Elle symbolise la fin de l’esclavage avec l’action de Louis Delgrès. La République ne peut se dispenser de garder les mémoires de la traite de l’esclavage, assumer son passé et engager aussi une réflexion sur les conditions historiques de ce passé difficile et douloureux. Cette commémoration en est une réponse ».
La cérémonie s’est poursuivie pour les Clichois avec le concert de Nelly STAN et de son groupe « Gospels ».
Message de Louis Delgrès, placardé sur tous les murs de Basse-Terre le 10 mai 1802
A L'UNIVERS ENTIER LE DERNIER CRI DE L'INNOCENCE ET DU DESESPOIR
"C'est dans les plus beaux jours d'un siècle à jamais célèbre par le triomphe des lumières et de la philosophie, qu'une classe d'infortunés qu'on veut anéantir se voit obligée d'élever sa voix vers la postérité pour lui faire connaître, lorsqu'elle aura disparu, son innocence et ses malheurs.
Victime de quelques individus altérés de sang, qui ont osé tromper le Gouvernement français, une foule de citoyens, toujours fidèle. La patrie, se voit enveloppée dans une proscription méditée par l'auteur de tous ses maux. Le général Richepance, dont nous ne connaissons pas l'étendue des pouvoirs, puisqu'il ne s'annonce que comme général d'armée, ne nous a encore fait ~ connaître son arrivée que par une proclamation, dont les expressions sont si bien mesurées, que, lors même qu'il promet protection, il pourrait nous donner la mort, sans s'écarter des termes dont il se sert. A ce style, nous avons reconnu l'influence du contre-amiral Lacrosse, qui nous a juré une haine éternelle . . .
Oui, nous aimons croire que le général Richepance, lui aussi, a été trompé par cet homme perfide, qui sait employer également les poignards et la calomnie. Quels sont les coups d'autorité dont on nous menace ? Veut-on diriger contre nous les baïonnettes de ces braves militaires, dont nous aimions calculer le moment de l'arrivée, et qui naguère ne les dirigeaient que contre les ennemis de la République ? Ah ! plutôt, si nous en croyons les coups d'autorité déjà frappés au Port-de-la-Liberté, le système d'une mort lente dans les cachots continue à être suivi. Eh bien ! nous choisissons de mourir plus promptement.
Osons le dire, les maximes de la tyrannie la plus atroce sont surpassées aujourd'hui. Nos anciens tyrans permettaient a un maître d'affranchir son esclave, et tout nous annonce que, dans le siècle de la philosophie, il existe des hommes, malheureusement trop puissants par leur éloignement de, l'autorité dont ils émanent, qui ne veulent voir d'hommes noirs ou tirant leur origine de cette couleur, que dans les fers de l'esclavage. Et vous, Premier Consul de la République, vous guerrier philosophe de qui nous attendions la justice qui nous était due, pourquoi faut-il que nous ayons à déplorer notre éloignement du foyer d'où partent les a conceptions sublimes que vous nous avez si souvent fait admirer !
Ah ! sans doute un jour vous connaîtrez notre innocence ; mais il ne sera plus temps, et des pervers auront déjà profité des calomnies qu'ils ont prodiguées contre nous pour consommer notre ruine. Citoyens de la Guadeloupe, vous dont la différence de l'épiderme est un titre suffisant pour ne point craindre les vengeances dont on nous menace, â moins qu'on ne veuille vous faire un crime de n'avoir pas dirigé vos armes contre nous, ~ vous avez entendu les motifs qui ont excité notre indignation.
La résistance à l'oppression est un droit naturel. La divinité même ne peut être offensée que nous défendions notre cause ; elle est celle de la justice et de l'humanité : nous ne la souillerons pas par l'ombre même du crime. Oui, nous sommes résolus à nous tenir sur une juste défensive ; mais nous ne deviendrons jamais les agresseurs. Pour vous, restez dans vos foyers ; ne craignez rien de notre part. Nous vous jurons solennellement de respecter vos femmes, vos enfants, vos propriétés, et d'employer tous nos moyens à les faire respecter par tous. Et toi, postérité ! accorde une larme à nos malheurs et nous mourrons satisfaits."
Le commandant de la Basse-Terre,
Louis DELGRES.